Le Royaume des Douceurs
Le battement
de la porte vient de s’éteindre, laissant place au silence feutré de la
boutique. Dans l’air flotte un parfum lourd et délicieux, un mélange de vanille
ancienne, de réglisse et de papier glacé. Pour la petite fille, le monde
s’arrête ici, à la frontière de cette vitrine de verre qui la sépare de
l’irréel. Ses yeux, que l’on devine écarquillés, parcourent les rangées de
bocaux et les plateaux de petits fours comme on explore une carte aux trésors.
Chaque bonbon est une promesse, chaque biscuit une aventure.
Derrière son
comptoir de bois sombre, la commerçante observe ce manège avec une patience
infinie. Elle ne dit rien, habituée à ce rituel dominical où le temps s'étire.
Elle sait que pour l’enfant, le choix est une affaire sérieuse, presque solennelle.
On n’achète pas seulement une friandise ; on choisit le compagnon de son
après-midi. Les étagères hautes, chargées de boîtes métalliques aux noms
oubliés, semblent veiller sur elles comme les gardiennes d'un secret
d'autrefois.
Sur le sol
aux rayures graphiques, l’ombre de la fillette s’allonge, soulignant sa
solitude émerveillée. Tout est immobile, figé dans une teinte sépia qui rend
l’instant éternel. C’est l’image même de l’innocence face au désir, un fragment
de vie minuscule et immense à la fois. Bientôt, une pièce tintera sur le
marbre, un sachet de papier crissera entre des doigts agiles, et la porte
tintera à nouveau, refermant derrière elle le souvenir sucré d'un jour
d'enfance.

C'est vrai que le tenancier ou la tenancière avec de la patience avec nous, les gosses, on mettait du temps à se décider, pour un franc six sous ;-) merci, jill
RépondreSupprimerJoli texte où l'on ressent tout le cérémonial d'une démarche gourmande, presque sensuelle qui nous ramène bien loin en arrière (pour certains et certaines)
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