19 novembre 2022

Sujet n°21 - Du 19 au 26 novembre

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Un petit-gros déjeuner / Cloclo

 


 

-Tu me demandes pourquoi je reste sans rien dire, tu devrais le savoir, toi qui me fais la tête dès que j’ai pris trois grammes. Là, je m’excuse, Antoine, mais c’est de la provoc de ta part. Ou alors, tu t’es trompé d’assiette, sachant que tu t’es couché tard hier soir et que tu dois changer tes lunettes cette semaine ! Je sais, tu as voulu me faire une surprise en préparant le petit-déjeuner seul. Pour une fois que ça arrive. Tu as voulu faire du zèle, sans doute, et comme on dit vulgairement « mettre le morceau ». Ou le paquet ! Et pour cela je te remercie, Antoine. Je te remercie, mais ne toucherai pas à cette alléchante collation, sachant que si je m’y attaque, j’en entendrai parler dans six mois encore. Avec les mots d’usage qui  les accompagne : gourmande, goulue, gloutonne, vorace, morfale…et tutti quanti. Alors que quand il s’agit d’un homme, jeune ou non on dit simplement : il a bon appétit. Ou encore : il a un bon coup de fourchette !

Désolée, Antoine, je sais, tout ça part d’un bon sentiment, et m’apporter ce plantureux repas au lit me touche énormément, chéri ! C’est bien la première fois que ça arrive ! Bon, je consens à prendre le croissant du haut, cela me suffira amplement.  Et toi, tu pourras t’occuper du reste, je pense que tu n’auras aucun mal.
Mais, en attendant, s’il te plaît, Antoine, il fait sombre. On n’ y voit goutte. Lève donc un peu l'abat-jour !


 

La dispute / Tarval

 

Tu me demandes pourquoi je reste sans rien dire,

Mais je ne comprends pas tes griefs contre moi,

Je n’ai pas fait ce que tu me reproches,

Et je préfère me taire car tu ne comprendrais rien,

Je suis très en colère contre toi,

Toi qui me répète sans cesse qu’il faut être irréprochable,

Tu accuses à tort et sans savoir,

Je te fais pars de mon désarroi,

Et tu te calmes enfin,

La nuit tombe, le silence s’installe,

On n’a plus rien à se dire,

Et la seule phrase que tu prononces est :

Il fait sombre, on y voit goutte,

Lève donc un peu l’abat-jour.

Un lit trop petit / margi

 

 


Tu me demandes pourquoi je reste sans rien dire ?

Parce que peut-être, ce n'est plus le moment.

De toute façon, il est trop tard pour en parler.

Et le dire n'arrangerait sans doute pas les choses.

Quant à le taire définitivement, ce n'est pas la solution non plus.

Je sais, ça serait nier une vérité de fait.

Alors, il faut un juste milieu, me rétorqueras-tu !

Sans doute répondrais-je, si tu me le demandais gentiment.

C'est un juste milieu que tu n'as su trouvé que pour toi.

A un mètre  quarante de chaque bord, ce n'est pas bien compliqué pourtant

Toi, encore allongée en travers du lit et moi encore sur la descente de ce même lit.

Il fait sombre. On n y voit goutte. Lève donc un peu l'abat-jour.

 

 

Germaine et Larousse / Vegas sur sarthe

 



"Tu me demandes pourquoi je reste sans rien dire ? " s'inquiète Germaine en
abaissant le volume.
Quand je dis abaisser le volume, je parle du dictionnaire qu'elle tient entre ses mains
et pas de son niveau sonore.
Il faut dire qu'en trente ans de mariage, je ne l'ai jamais vue rester muette plus d'une
minute.
Ce soir Germaine s'est plongée dans la lecture du Petit Larousse 2023 qu'elle a
décidé de m'offrir par surprise comme à chaque Noël et qu'elle explore effrontément
devant moi.
«Mon biquet, c'est quoi un travailleur détaché ? » questionne t-elle.
Ce soir je suis son biquet et demain je serai peut-être son canard ou toute autre
espèce débarquée de son arche de Moïse (J'ai beau lui dire que c'est Noé).
« Un travailleur détaché c'est un type qui travaille dans une blanchisserie »
« Ah bon... et une grossophobie ? »
Je réfléchis un tant soit peu : « La grosse aux phobies c'est la pouf du sixième étage»
«La blondasse qui nous empeste la cage d'escalier avec son Chanel à deux balles ? »
« Y en a qu'une, bichette»
Germaine siffle d'admiration : »Et ben, j'imagine c'qu'elle a dû faire pour être
introduite dans la dernière édition »
J'essaie de me représenter la scène puis je renonce, accaparé par mon sudoku ; je me
dis que la pouf aurait aussi bien sa place dans les petits Roberts.
Quelques pages et de gros soupirs plus tard...
« Et un frotteur, biquet... c'est quoi un frotteur ? »
Je n'ai pas besoin de réfléchir longtemps : « C'est un type qui colle à la grosse aux
phobies dans l'autobus»
« Ca m'étonne pas» conclut-elle, rassurée.
« Et c'est quoi le replay, biquet ? »
« Le riplébiquet, connais pas»
Germaine s'impatiente : « Allez ! C'est quoi le replay ? »
« C'est quand le frotteur recommence, bichette»
« Si j'comprends bien, mettre replay au pluriel c'est comme une espèce de
pléonasme»
« Oui bichette, une sorte de replayonasme »
« Hein ? »
« Laisse tomber, bichette»
J'ai droit à un gros soupir, signe que mon humour la dépasse.
« Et le e-sport ? Ça parle de sport électronique... »
« Le e-sport par exemple ça serait une appli où le frotteur essaie de toucher la grosse
aux phobies avant d'être rattrapé par un dénonce-ton-frotteur »

« Biquet, c'est ce jeu qu'il me faut pour Noël ! »
Quand Germaine s'enthousiasme pour des futilités, ça ne dure jamais très longtemps.
En effet, elle continue :
« Et le teppanyaki, c'est quoi ?
« Je ne suis pas nyaki, donc je ne sais pas »
« T'es pas drôle ! »
J'aime quand Germaine dit « T'es pas drôle » car c'est souvent le point final à ses
questions et l'occasion inespérée de m 'endormir, sauf qu'elle ajoute :
"Il fait sombre. On n'y voit goutte. Lève donc un peu l'abat-jour".

Penser / K

 

"Tu me demandes pourquoi je reste sans rien dire"

Tu me demandes aussi pourquoi je reste sans rien regarder.

Tu m’as déjà demandé pourquoi je restais sans rien entendre.

Cela fait un moment que je reste sans rien toucher.

Tu pourrais me dire pourquoi je ne demande rien puisque je dois rester.

Tu aurais pu rester pour que je ne dise rien pour demander.   

Il faut dire que je passe mes journées enfermé dans mes pensées.

Il n’y a rien à dire car il n’y a personne à qui parler.

Si tu étais là, au moins pourrais-je même essayer :

Je me demande si tu resterais sans rien dire

Sans rien faire si je te disais

"Il fait sombre. On n’y voit goutte. Lève donc un peu l'abat-jour".