Celui qu'elle appelle Octave c'est son compagnon d'extase, c'est son Rostropovitch, son Gautier Capuçon, son infatigable amant dont elle sait tirer des râles suaves à coups d'archet langoureux.
Octave n'a pas d'âge, pas d'arthrose, pas d'exigences et ne ronfle jamais la nuit.
Au milieu de l'andante en ré majeur de ce double concerto de Brahms Monsieur Truchaud va lui répondre en miaulements approximatifs et ce sera leur seul échange de la soirée comme chaque mercredi au conservatoire de Maubeuge.
Ils vont se répondre et communier comme plus jamais ils ne le firent depuis quarante ans.
Puis en apothéose Madame Truchaud – comblée et pantelante – saluera son pupitre vide avant de reléguer son amant au creux du cercueil de bois blond.
Monsieur Truchaud s'en saisira, crachera sur l'étui maudit – prétextant quelque souillure tenace – avant de reprendre le chemin du domicile conjugal comme chaque mercredi.





