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10 mai 2025

Le triste témoin / Pierre LPC




Le triste témoin

Je ne me meus ni ne m'exprime.

J'attends les corps, des âmes rendues aux cimes.

Je juge qui vient se recueillir devant ce que j’abrite.

Ils sont plus souvent présents qu'antan, les hypocrites.

Certains pleurent, d'autres rient ou encore lisent, écrivent.

Qu'il est triste d'entendre tous ces mots tendres.

Loin des vivants ils dérivent, mais aux morts coulent, grandes rives.


J'aimerais souffler un conseil ou deux

Qu'ils puissent aux bien portants présenter leurs vœux.

Mais le spectacle reste le même

On ne parle plus qu'aux tombes

Si bien que ceux qui vivent, deviennent blêmes.

ANONYMUS / François

 



ANONYMUS

Si vous allez à Budapest,

Visiter du côté Pest,

Le château Vajdahunyad,

Surtout ne passez pas à la dérobade,

Devant la sculpture « Anonimus ».

Au premier regard vous serez vite confus.

 

C’est un étrange soldat,

Imposant peut-être assis sur un trône,

Caché sous une lourde cape à la capuche qui s’abat,

Sur son visage qui l’emprisonne.

Ce mystérieux personnage suscite bien des débats.

 

Si vous tournez autour de l’œuvre,

Vous verez que ce soldat tient un stylo en or,

Je n’en ai pas la preuve, mais la légende dit,

Si vous le touchez, vous serez un génie de l’écrit.

 

Mais avant de rejoindre la place des héros,

Regardez-le bien et imaginez d’abord,

En vous disant qu’il n’évoque pas la mort,

Il est un scribe des temps anciens,

Un de ces êtres secret caché,

Très réservé qui ne dit rien,

Il sait et il connait tant de chose,

Pour avoir vécu l’histoire secrète de son pays,

C’est peut-être pourquoi le personnage parait morose,

De lui se dégage une aura une présence qui indispose,

Il semble savoir tous les mystères de la vie.

 

 

 

LA SORCIERE / J. Libert

 


                                                       LA SORCIÈRE
 
 
Avec le retour de la nuit, le murmure du vent
Emplit la forêt de milliers de chuchotements.
Les oiseaux se taisent, écoutent les bruissements.
Au sommet des grands arbres, se cache la sorcière,
Gardienne des secrets de ces vies tout entières,
Dont elle rompt le fil sans en faire mystère.
 
 
Jamais on ne la voit venir, on la devine
Scalpel en main, mais d’une voix câline,
Elle vous berce dans son linceul de coton noir
Qu’elle coud, découd, recoud, tout au long des soirs.
Et quand la nuit revient, il est déjà trop tard.
Elle sort de l’ombre, impitoyable et sans fard.
 
 
Face grimaçante, planant sur les destins,
Elle décide du sort des autres et des uns.
Son choix est arbitraire et sans concession.
Le fait de naître porte en soi condamnation.
Elle agite les aiguilles des pendules.
Gare à ceux qui tombent sous sa férule.
 
Puis la sorcière se retire sur les hauteurs,
Souveraine et indifférente au malheur,
Oublieuse pour toujours de ces visages ôtés,
À peine célébrés, trop vite enterrés.
Le vent souffle encore tout en haut des branchages,
Complice de la mort qui poursuit ses ravages.

Bravo / K


 


Je m’appelle                  , je suis une statue anonyme.

Je suis juste de retour de ma dernière réunion des statues anonymes, où j’ai été félicité par mes camarades. 

Même l’invitée exceptionnelle, la Vénus de Milo, venue témoigner sur les pièges de la célébrité, a applaudi : cela fait deux cent cinquante-deux ans, six mois et trois jours que je n‘ai pas enlevé ma capuche.   


VISAGE DE PIERRE CŒUR DE PLUIE / Marie Sylvie

 



 VISAGE DE PIERRE CŒUR DE PLUIE 


Statue de bronze, ombre figée dans le parc,
Ton voile de pierre cache un regard amer.
Tes mains jointes semblent porter le poids d'un arc-en-ciel brisé 
Un silence lourd, écho d'un passé blessé. 


Moi aussi j'ai connu la table pleine et les rires clairs, 
L'artisanat vibrant, chassant tous les hivers.
On venait pour la joie, le partage et les mets gourmands, 
Le succès brillait, les amis étaient nombreux, contents. 


Puis l'ombre a surgi, la chute, l'injustice amère, 
La richesse envolée, laissant derrière la misère. 
Ceux qui hier encore tendaient la main avec chaleur
Ont détourné les pas, effrayés par ma douleur. 


Visage caché sous la cape de pierre,
Mon cœur aussi pleure une invisible misère. 
Hier, j'étais festin, on venait sans façon, 
Aujourd'hui, je suis ombre, l'abandon, ma seule chanson. 


Cette solitude, je la reconnais en toi, statue muette,
Ce vide laissé par ceux qui ont fui ma déroute abrupte. 
La pluie dans le cœur, tu dis vrai, c'est une image fidèle
De ces jours sans lumière où l'amitié fut infidèle.

Mais au fond de moi brûle une fragile étincelle,
L' espoir secret d'un  *retour, d'une aube nouvelle. 
Même sous le poids de la pierre et du chagrin tenace,
Je rêve d'un chemin où la lumière efface. 


Visage caché sous la cape de pierre,
Mon cœur aussi pleure une invisible misère. 
Hier, j'étais festin, on venait sans façon,
Aujourd'hui, je suis ombre, l'abandon,  ma seule chanson.



Patience de fer / Ghysou

 



Voilà des lustres que je t'attends !
Les hivers ont fini par me geler les fers.
Mais le crois tu ou non je t'attends toujours…
Même que mille et une fois je le dirais.

Tu avais dit ;

""Sois sur le banc à minuit""
Vois tu j'y suis encore..
Les douleurs du froid ont disparu,
mais celles de mon cœur, figées à jamais.

Mes muscles se sont raidis, mes os se sont craquelés
sous le poids de mon attente, ton attente !
Comment as tu pu ? pourquoi n'être pas venue ?
Le sais tu que je devenu une attraction ?
Le symbole sans doute de la patience !

Voilà des lustres que je t'attends !
Ma capuche de fer cache mon visage
sculpté dans la souffrance de ton absence.
Les hivers me rongent et les étés me plombent.
Je vais t'attendre encore, jusqu'à devenir statue.

L'homme de bronze / Jill Bill

 



L'homme de bronze


Anonyme, sans nom
Moine, pèlerin, scribouillard,
Scribe, greffier,
Juste en arrêt sur, un banc ;
De moi vous gardez cette image
L'anonyme
Qui ne dévoile rien, ou si peu !

A votre retour
Je serai toujours là
Penseur pensif ;
L'indigène du coin m'a baptisé
Miklos, plume à la main,
Notaire du roi Béla... On dit !

On dit tant de chose
Je suis ce que vous voulez
Moine, pèlerin, gratte-papier
Qu'importe
Le temps glisse sur moi ;
Quand vous serez dans la tombe
Je serai toujours là, placide, sur mon banc,
L'ami des pigeons...