Le corridor des neuf chambres
Je suis entrée par hasard dans la maison aux volets clos, poussée par une fatigue ancienne, celle qui ne vient ni du corps ni du cœur mais de l'âme qui cherche un lieu pour se reposer.
Une * Atourneuse m'a accueilli sans un mot, ses gestes précis effaçant les plis de mes pensées.
Elle m'a tendu une robe faite de souvenirs et j'ai compris que je ne pourrais ressortir indemne.
Dans la première chambre, une *Péronnelle chantait à tue-tête, tournant sur elle-même comme une girouette ivre.
Elle m'a parlé de tout et de rien, des amours en papier, de ses colères en sucre.
J'ai ri malgré moi et déjà je ne savais plus ce que je venais chercher.
La deuxième chambre était un atelier.
Un tournevier y façonnait des spirales de bois mais je voyais bien qu'il tournait surtout les regrets, les remords, les mots que l'on n'a pas dits.
Il m'a offert une bobine vide,
-" pour y enrouler ce que tu ne veux plus porter".
Dans la troisième chambre, une femme se tenait droite, immobile.
Elle m'a dit :
-" Je suis *Légitime"
Et son regard m'a traversée comme une lame douce.
Elle ne demandait rien, elle était.
Et moi, je vacillais.
Un homme m'a suivi dans la quatrième. Le * Patelineur.
Il m'a parlé bas, m'a promis des éclaircies, des issues, des tendresses.
Mais ses mains étaient trop lisse, ses phrares trop rondes.
J'ai fui avant qu'il ne me tienne.
La cinquième chambre était vide mais une odeur de fauve flottait dans l'air.
La * tigrerie avait laissé ses griffes sur les murs.
J'ai senti en moi une rage ancienne, une danse qui voulait éclore.
J'ai hurlé sans bruit.
Puis la * Turlutaine s'est mise à jouer.
Une boîte à musique oubliée tournait seule dans la sixième pièce.
La mélodie était bancale mais elle me rappelait l'enfance, les jours où l'on croit que tout est possible.
J'ai pleuré doucement.
Le * Grimaud m'attendait dans la septième.
Il lisait à voix haute des pages qu'il ne comprenait pas.
Mais dans sa voix, il y avait une sincérité brute, une soif d'apprendre qui m'a émue.
J'ai écouté jusqu'à la fin.
Dans la huitième, rien que des mets posés sur une table basse.
Des fruits, des douceurs, des miettes de désir.
J'ai commencé à * Gourmandiller, à goûter sans faim, à savourer sans honte.
Le plaisir était là, simple, offert.
Et dans la neuvième chambre, il n'y avait que moi.
Moi et le silence.
Moi et la robe que l'atourneuse m'avait donnée.
Je me suis assise.
J'ai fermé les yeux.
Et j'ai compris que chaque mot, chaque figure, chaque détour, était une part de moi que je venais retrouver.

Toujours autant de poésie derrière chaque porte poussée de ce dédale ...
RépondreSupprimerMeilleurs voeux Marie Sylvie
Cher Vegas sur Sarthe,
SupprimerUn grand merci !
Je suis ravie que tu aies aimé flâner dans ces neuf chambres à mes côtés.
Tes mots me touchent beaucoup.
Belle et douce année à toi.
Que l'année 2026 t'offre de belles découvertes derrière chaque porte que tu ouvriras !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Que de douceur et de poésie, belle entrée en matière pour cette nouvelle année qui apparaît prometteuse.
RépondreSupprimerMerci à toi pour ces biens jolis vers.
Chère Fredaine,
SupprimerTes mots me touchent beaucoup, merci Fredaine.
Si ton esprit n'est pas encore prêt pour l'écriture, j'espère que la lecture de mon dédale t'a offert une pause apaisante.
Au plaisir de te retrouver au détour d'un prochain texte !
Prends bien soin de toi.
Bien amicalement, Marie Shlvie
J'ai beaucoup aimé cette déambulation en Introspection...
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