31 janvier 2026

La rigolade/ Jak

 La rigolade



Allô, c’est toi ? Je t’entends comme à travers une chaussette...


-Mais oui, c’est moi! Quelle surprise, tu n’es pas encore fâchée

avec ton téléphone ? Ça faisait un bail.


-Tu sais, en vieillissant, ce truc me tape sur les nerfs. Il sonne

toujours quand je m’endors enfin. La sieste, c’est devenu un

sport extrême : réussir à dormir avant que quelqu’un appelle.

Bon, bref... comment vas‐tu? Bien, j’espère.


- Oh, moi ça va. Et toi ?


-Ah... écoute, mieux vaut ne pas trop creuser. !


Figure‐toi que j’ai eu Hélène au téléphone. Et comme je lui

demandais si elle était toujours aussi bonne pâtissière, elle m’a

ressorti une histoire de nos jeunes années... Tu t’en souviens

peut‐être ?

Un jeudi, nous avions passé l’après‐midi à courir comme des

chèvres sur les chemins caillouteux.

On aurait dit trois tornades en jupons.

En rentrant, affamées comme des loups, on passe devant la


boulangerie... et là, la tentation. Le piège. Le guet-apens

pâtissier.

On entre. L’étal déborde de gâteaux. On salive comme des

Saint-Bernard.

Moi, je prends un baba au rhum. Hélène, un Saint‐Honoré.

Toi... mystère. Peut‐être un éclair, peut‐être deux, qui sait.

Arrive le moment de payer. On fouille nos poches. Le désert.

Le vide intersidéral.

Et là, idée de génie — la tienne, évidemment — on détale

comme des lapins.

La boulangère nous avait reconnues, bien sûr. On accompagnait

nos mères aux courses toutes les semaines.

- Oh oui, je m’en souviens! Quelle rigolade ! Mais j’en rougis

encore. Et la tannée que nos mères nous ont mise... Là, on a

moins rigolé !

— Ah, c’était le bon temps.

A propos, si je t’appelais, c’est pour te dire que je vais entrer

en maison de retraite. Le quotidien devient un peu compliqué à

gérer.

Mais attention: je compte bien sur toi pour venir me voir. Et

pas en courant cette fois......



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