10 février 2024

Monopole / K

 



Une vieille maison se révèle pleine de surprises.
Dans d’excellentes conditions, la fumée fleurit.
Sans aucune diffusion d’effusion dans l’infusion.
Proust n’a pas le monopole du thé.
Un chien lorgne sur cinq sucettes géantes.
Son maître est dans la tente, ce n’est pas mon oncle, il n’attend personne.
En réalité, je ne sais pas qui c’est.
Le soleil 1 boit la tasse et s’évapore.
Il scrute dans la buée le soleil 2 à l’horizon, cerclé de nuages.
Il y a bien deux soleils, c’est leur tour d’être bleus comme une orange.
C’est à n’en pas croire ses yeux, on pourrait les frotter, mais nos bras sont tombés.   
L’oiseau bleu a traversé les espaces.
Sans filtre.
Ce n’est pas un corbeau, il ne sait pas écrire.
Il n’a pas changé, il n’est pas numéroté.
Il n’est pas orange, il est aérien.
Il n’a pas de combinaison.
Et s’il en avait une, il rirait sous cape.
 

SOUVENIR BLANC / J. Libert

 





Dans la vieille chapelle, il fait froid
Et malgré le soleil orangé
Qui se lève derrière les monts,
Le sol d’anciens pavés suinte l’humidité.
Une petite lampe danse dans l’obscurité,
Témoin d’une demeure habitée.
L’esprit d’Elsa flotte encore sur les hauteurs
Entre la tente, les arbres et les loups,
Sur le grand silence blanc
D’une neige aveuglante.
Un rai de lumière filtre.
Le vitrail s’illumine
Et la pierre s’enflamme

Ermitage / Keremma


 



Odeur de feu de bois
Le vieil homme au soleil couchant
A soigneusement plié ses rêves
Puis les a déposés
Dans la cheminée


Soupçon / Jill Bill

 



Non, m'sieur l'juge

J'ai point tué

A p'tits coups de poison

Celui qui empoisonnait ma vie

Mais, la mort délivre de tous les maux...

 

Dans mon dos on m'appelle la Besnard

L'empoisonneuse, la filtre,

Quelle histoire au village, sans,

Me vlà devenue l'attraction...

 

Non m'sieur l'juge

J'ai point tué

Et pourtant point faute d'envie,

Le Léon juste bon à lamper sa paie...

 

Avant le Léon.......

Le Victor, ô mort de sa belle mort

J'vous l'jure m'sieur l'juge,

D'ailleurs, j'ai été lavée... !

 

J'ai cru être heureuse,

Boire à la tasse magique

Avec ces épousailles, mais...

Il n'en est sorti rien d'bon, rien d'beau...

Que du rêve !


06 février 2024

Sujet 79 - les participants

 



Soupçon par Jill Bill 

Ermitage par Keremma

Souvenir blanc par J.Libert

Monopole par K

Une tasse par Lilousoleil




03 février 2024

Sujet n°79 / Semaine du 3 au 10 février

Bonjour,

 c'est parti pour une nouvelle semaine !   


 L'image 





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  • Au plaisir de vous lire, bonne semaine  merci.

LOLA / Tarval

 



Lola n’arrivait pas à dormir,

Pourtant d’habitude elle n’avait aucun problème à s’endormir.

Ceci était peut-être dû à la convocation chez le notaire,

Reçu aujourd’hui même,

Et d’après les dires du clerc de notaire,

Elle aurait un héritage d’une vieille tante éloignée,

Qu’elle connaissait à peine,

Mais comme elle n’avait pas de descendance,

Et que Lola était le seul membre de la famille restant,

Ses parents étaient décédés il y a maintenant 10 ans,

Elle était donc l’unique héritière.

Cela la travaillait, elle n’arrivait pas à lire son livre,

Et elle se leva pour regarder les passants tardifs,

Qui déambulaient devant ses fenêtres,

Et elle se dit que sa vie allait peut-être changer,

Si l’héritage était conséquent,

Elle se prit à s’imaginer plein de scénarios,

Acheter une maison et une voiture,

Des dons à sa famille et ses amis proches,

Plein de bonnes choses.

La tête pleine de rêve,

Elle se recoucha et s’endormit avec un sourire sur ses lèvres.



Héritage / Fredaine

 


Pourquoi avait-elle accepté de faire le voyage ? Elle ne le connaissait pas ou si peu. Il n’avait jamais été très présent si ce n’est ces dernières années où, sans doute pris de regrets, il l’avait appelée plus souvent, lui avait plusieurs fois proposé de venir le voir, de séjourner chez lui. Il lui écrivait aussi, de longues lettres qu’elle relisait souvent. Vivait-il seul ? Même cela elle l’ignorait. Elle ne le lui avait jamais demandé. L’essentiel entre elle et lui était ailleurs. Ils avaient fini, sans s’en rendre compte, par se confier l’un à l’autre mais n’évoquaient jamais le quotidien. Qui était-il vraiment ?
Elle avait toujours refusé d’y aller. Elle ne se sentait pas prête. Pourquoi prendre ce risque après tant d’années ? Elle avait fait sa vie, elle était heureuse, ne manquait de rien...si ce n’est de lui. Pourtant, elle n’était pas prête à tout risquer pour combler ce manque. Leurs échanges épistolaires et téléphoniques lui suffisaient, la comblaient presque.
Quand le courrier était arrivé, elle n’avait pas reconnu l’écriture sur l’enveloppe. Le tampon de la poste lui disait qu’il s’agissait sans doute de lui mais sa main n’avait pas écrit l’adresse. Une main d’enfant l’avait tracée d’une écriture scolaire. La même main avait écrit la lettre et joint le dessin d’une famille face à la mer.
« Madame,
Vous ne me connaissez pas mais il m’a beaucoup parlé de vous. Il est parti pour toujours. Je reste seule et vous êtes mon héritage.
J’ai besoin de vous.
Lucie »

L'héritage/Lilousoleil

 

L'héritage



"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail."Je délaissais ce livre qui m’assommait un peu ce soir… Encore une histoire sans intérêt ! J’avais la tête ailleurs.

Je n’étais pas revenue dans l’appartement parisien depuis que j’avais épousé Laurent ; Je préférais la maison du bord de Saône où nous nous retrouvions tous en famille… quinze ans déjà ! Les expositions m’avaient pris tant de temps. Dernièrement encore j’avais découvert Sally  Storch que j’avais confondue – mea culpa- avec Edward Hopper. J’avais décidé d’organiser  une expo dans ma galerie.  J’avais consommé tant d’énergie et j’avais presque terminé quand le coup de téléphone m’annonçant l’accident de voiture de mes parents m’avait anéantie. Après la cérémonie et le contrecoup de ces décès brutaux, j’avais usé mes dernières forces pour le vernissage d’un autre jeune peintre moderne talentueux et mis la dernière main pour l’expo de Sally. Puis je laissais la gestion de la galerie à mon associée. Il fallait régler les problèmes de succession. Heureusement nous étions d’accord, ma sœur et mon frère donc cela se passait bien. Nous devions nous  retrouver dans l’appartement rue Raspail. J’étais arrivée ce matin et ce soir derrière les rideaux les souvenirs affluaient. La petite boulangerie en bas avait « grossi », la fleuriste avait fermé ses portes et laissé la place à un petit super marché, et l’ancienne  bijouterie miteuse autrefois  au coin de la rue arborait des vitrines rutilantes et occupait double de surface.  Je me revis courant  avec ma baguette de pain, jouant avec un chien errant quand je rentrais de l’école ; on aurait qu’il m’attendait  mais maman avait dit pas d’animaux à la maison ! Seul le grand immeuble n’avait pas changé. Imposante bâtisse, je regardais les lumières qui brillaient ça et là yeux enfoncés dans les murs de brique brunes. Un peu plus loin, une affiche, le visage d’un homme beau comme un dieu grec vantait les mérites d’un parfum masculin. C'est alors que Laurent s’était approché sans bruit , il suivit  mon regard brillant  et sans crier gare


"Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il"

 

 

 

En héritage/J.Libert




 
Le regard tourné vers la fenêtre de sa chambre d’hôtel, elle s’imagine au bord de la piscine dans son nouveau maillot de bain, les hanches et la poitrine parfaitement moulées. Des regards se tournent à son passage. Elle se sent belle, désirable et s’arrange pour prolonger cette sensation  de bien être et de plaisir.
   
    Toute jeune, Nadia vient d’avoir 20 ans et prépare une licence d’Anglais.
 
    On pourrait croire qu’elle est venue à Londres pour parfaire ses études. Mais non! En ce matin d’automne, elle se réveille dans une petite chambre d’hôtel Londonien à proximité de l’établissement hospitalier dans lequel elle doit rencontrer le chirurgien obstétricien qu’on lui a recommandé. Nadia est enceinte de 6 semaines.
 
    On est en1975 et, en France, la loi sur l’interruption volontaire de grossesse n’a pas encore été votée, encore moins adoptée.
 
    En d’autres circonstances, Nadia aurait volontiers gardé cet enfant à naître mais son ami de l’époque, déjà marié, refuse cette grossesse adultérine. Ils se séparent alors, lui laissant en héritage cette promesse de vie qui tourne bientôt au cauchemar. Elle sait qu’elle n’aura pas le courage d’affronter les regards de son entourage.
 
    La libération des mœurs n’est pas totale en ce dernier quart du vingtième siècle et, surtout, la morale doit rester sauve.
 
    Il n’est plus temps de tergiverser. En 15 jours, il lui faut prendre des décisions matérielles pour le voyage et entrer en clinique
 
    La veille de son intervention, elle est descendue au bar de l’hôtel. Elle s’est accordée un jus de fruits. Longtemps, elle est restée les yeux fixés sur son verre au liquide coloré, l’a tourné, l’a retourné entre ses doigts graciles au rythme de sa rumination intérieure, terriblement angoissée mais déterminée.
 
    Et ce matin, Nadia n’a pas beaucoup dormi. Elle a essayé de lire mais n’a pas pu se concentrer. Derrière la fenêtre, les lampadaires éclairent une aube grise et brumeuse.
 
    Dans la rue, en contrebas, les poubelles claquent sur les trottoirs manipulées par des éboueurs pas encore bien réveillés.