et le mot facultatif : instrument
Le Royaume des Douceurs
Le battement
de la porte vient de s’éteindre, laissant place au silence feutré de la
boutique. Dans l’air flotte un parfum lourd et délicieux, un mélange de vanille
ancienne, de réglisse et de papier glacé. Pour la petite fille, le monde
s’arrête ici, à la frontière de cette vitrine de verre qui la sépare de
l’irréel. Ses yeux, que l’on devine écarquillés, parcourent les rangées de
bocaux et les plateaux de petits fours comme on explore une carte aux trésors.
Chaque bonbon est une promesse, chaque biscuit une aventure.
Derrière son
comptoir de bois sombre, la commerçante observe ce manège avec une patience
infinie. Elle ne dit rien, habituée à ce rituel dominical où le temps s'étire.
Elle sait que pour l’enfant, le choix est une affaire sérieuse, presque solennelle.
On n’achète pas seulement une friandise ; on choisit le compagnon de son
après-midi. Les étagères hautes, chargées de boîtes métalliques aux noms
oubliés, semblent veiller sur elles comme les gardiennes d'un secret
d'autrefois.
Sur le sol
aux rayures graphiques, l’ombre de la fillette s’allonge, soulignant sa
solitude émerveillée. Tout est immobile, figé dans une teinte sépia qui rend
l’instant éternel. C’est l’image même de l’innocence face au désir, un fragment
de vie minuscule et immense à la fois. Bientôt, une pièce tintera sur le
marbre, un sachet de papier crissera entre des doigts agiles, et la porte
tintera à nouveau, refermant derrière elle le souvenir sucré d'un jour
d'enfance.
En chemin elle trouva quatre sous,
Elle se rendit à l'épicerie,
Pour acheter une pâte à mâcher, c’est tout,
Sans penser à ses caries.
Sa préférence alla pour un malabar.
En espérant faire des grosses bulles,
Comme son frère aîné, Théodule,
Envers qui, elle avait tant d'égards.
L’épicière lui donna,
La friandise de son cœur.
Et sur ses lèvres elle claqua,
De belles bulles pour son bonheur.
Le cadeau d'anniversaire
Ce 29 février 1948, jour de l’anniversaire de sa mère, Jocelyne, alors âgée de 5 ou 6 ans, lui avait demandé deux pièces de cent sous pour lui offrir cette douceur colorée qu’elle avait déjà repérée chez l'épicière boulangère du bourg, à proximité de son établissement scolaire.
Souvent, après l’école, avec une petite copine, elle s’y arrêtait pour acheter un ruban de réglisse enroulé autour d’un bonbon rond, bleu, rouge ou vert. Et tout au long du chemin de retour, toutes les deux tiraient sur ce rouleau noir, le déchiraient de leurs petites dents de lait pointues pour le mélanger au goût acide des mûres qu’elles cueillaient sur les buissons épineux.
Ce jour d’anniversaire était un dimanche matin. On était encore en Février. Emmitouflée dans sa veste à capuche, Jocelyne était entrée fièrement dans le magasin, avait désigné de son index droit les trois jolis fruits déguisés qu’elle convoitait en secret : trois pruneaux luisants fourrés de pâte d’amandes colorée en rose, beige et vert. L’épicière avait pris soin de les envelopper dans un cornet légèrement cartonné.
De retour chez elle, la fillette se tenait penaude, se dandinait d’un pied sur l’autre sur le pas de la porte de chambre que sa mère finissait de ranger. - Qu’as tu ma chérie ? Lui demanda doucement sa mère lui trouvant une attitude étrange.
- Maman, j’avais acheté des petits fruits à la pâte d’amandes pour ton anniversaire mais j’ai voulu y goûter et je les ai trop sucés ! répondit Jocelyne au bord des larmes...
Vitrine toxique
Des Antilles elle sentait cette longueur en bouche
et ces belles rondeurs des grasses langoureuses
je la rêvais fruitée, gourmande et généreuse
telle une gâterie qu'on liche et qu'on embouche.
J'avais abandonné Proust et sa madeleine
croyant gagner au change en croquant dans le dur
quelque torréfacteur féru de procédure
l'avait de son briquet grillée acétylène.
Je pensais au sucré du goût caribéen
je la trouvai molasse et cucul la praline
ganache parfumée enrobée gélatine
C'était la fée Cabosse et j'allais abdiquer
quand je vis effaré son pigment trafiqué
et le bleu patenté du E131*
* Colorant pétrochimique bleu-violet sombre dérivé du méthane
Petit instant de bonheur
Petits gâteaux, tous aussi beaux, Lequel choisir, la fillette soupire, Sur le chemin de la maison, Elle s’est fait une raison. Son ventre réclame ce délicieux goûter, Et ses parents elle n’a pas écouté. Elle a pris un chemin de traverse, S’éloignant de chez elle sous l’averse, Pour aller rejoindre ce lieu magique, Où tout est magnifique. Elle regarde fiévreusement la vitrine, Cherchant la perle divine, Qui la fera chavirer de bonheur, Et lui donnera du baume au cœur
A l'Abeille
La rigolade
Allô, c’est toi ? Je t’entends comme à travers une chaussette...
-Mais oui, c’est moi! Quelle surprise, tu n’es pas encore fâchée
avec ton téléphone ? Ça faisait un bail.
-Tu sais, en vieillissant, ce truc me tape sur les nerfs. Il sonne
toujours quand je m’endors enfin. La sieste, c’est devenu un
sport extrême : réussir à dormir avant que quelqu’un appelle.
Bon, bref... comment vas‐tu? Bien, j’espère.
- Oh, moi ça va. Et toi ?
-Ah... écoute, mieux vaut ne pas trop creuser. !
Figure‐toi que j’ai eu Hélène au téléphone. Et comme je lui
demandais si elle était toujours aussi bonne pâtissière, elle m’a
ressorti une histoire de nos jeunes années... Tu t’en souviens
peut‐être ?
Un jeudi, nous avions passé l’après‐midi à courir comme des
chèvres sur les chemins caillouteux.
On aurait dit trois tornades en jupons.
En rentrant, affamées comme des loups, on passe devant la
boulangerie... et là, la tentation. Le piège. Le guet-apens
pâtissier.
On entre. L’étal déborde de gâteaux. On salive comme des
Saint-Bernard.
Moi, je prends un baba au rhum. Hélène, un Saint‐Honoré.
Toi... mystère. Peut‐être un éclair, peut‐être deux, qui sait.
Arrive le moment de payer. On fouille nos poches. Le désert.
Le vide intersidéral.
Et là, idée de génie — la tienne, évidemment — on détale
comme des lapins.
La boulangère nous avait reconnues, bien sûr. On accompagnait
nos mères aux courses toutes les semaines.
- Oh oui, je m’en souviens! Quelle rigolade ! Mais j’en rougis
encore. Et la tannée que nos mères nous ont mise... Là, on a
moins rigolé !
— Ah, c’était le bon temps.
A propos, si je t’appelais, c’est pour te dire que je vais entrer
en maison de retraite. Le quotidien devient un peu compliqué à
gérer.
Mais attention: je compte bien sur toi pour venir me voir. Et
pas en courant cette fois......
La rigolade - Jak
A l'Abeille - Jill
Petit instant de bonheur - Tarval
Le chemin des douceurs invisibles - Marie Sylvie
le cadeau d'anniversaire - J.Libert
Vitrine toxique - Vegas sur Sarthe
Une pâte à mâcher, c'est tout - François
Le Royaume des Douceurs - Lilou
Le château d'Ancy le Franc
Au pays des bons escargots,
Et du jambon persillé,
En Bourgogne, je suis allé au bord de l'eau,
Devant un château qui m'a émerveillé.
Je me suis posé dans le parc d'ANCY LE FRANC.
Là, j'ai mangé mon pique-nique.
Au milieu des oies, le spectacle était magnifique,
Une belle bâtisse trônait auprès de l'étang.
Derrière, après les arbres touffus,
J'ai pu visiter le magnifique château,
À vrai dire, à la visite m'a plu.
La Bourgogne aime montrer ses trésors.
LE MANOIR CACHÉ
Ce coin de nature idyllique, à l’écart du monde urbain, est un décor de rêve où chacun souhaiterait s’exiler ou faire une retraite quelques jours.
Derrière le manoir d’une autre époque, les arbres de l’épaisse forêt se reflètent dans le lac aux eaux tranquilles, frissonnantes; leur verdeur profonde tranche avec le ciel clair où s’attardent de lourds nuages laiteux.
On y devine les gîtes et les nids de centaines de bêtes et d’oiseaux sauvages. Le jour, ils se cachent aux yeux de tous mais sortent la nuit, s’approchent de la rive pour s’abreuver tout leur soûl. Les biches côtoient les sangliers, la chouette, le héron cendré.
Sur les talus herbus, les oies, les canards, les cygnes font la pause, à la recherche de vers et d’insectes, avant de replonger, de concert, dans la fraîcheur bienfaisante de leur élément liquide.
En cette belle matinée de printemps, le manoir prend tout son relief. De loin, on le croirait inhabité, abandonné et, pourtant, quand on l’approche, il y règne un certain remue ménage.
Quelques jeunes filles, vivent là, pensionnaires, prisonnières pour plusieurs mois, le temps de terminer une grossesse et d’accoucher sur place avec l’aide d’une sage femme. Le manoir, appelé « maison maternelle » est loué par le Conseil Général du département. Il accueille de très jeunes femmes enceintes, qui n’ont pas la majorité. Elles sont exclues de leur environnement familial car elles sortent du cadre de la conformité sociale de cette époque. Certaines sont forcées d’accoucher sous x. On est en 1965 !!
Ballade pour une prisonnière
La prisonnière
LA FOLIE D’UN HOMME JALOUX
Il était une
fois un châtelain et sa femme,
Une femme à
la beauté éblouissante,
Qui n’avait
d’égale que sa bonté et sa gentillesse.
Leur demeure
était un joli manoir à la campagne,
Entouré d’un
parc arboré et d’un étang,
Où la faune
locale avait pris possession des lieux.
Mais dans ce
décor paradisiaque, se tramait un drame.
Le châtelain
était très amoureux de son épouse,
Mais il
était aussi très jaloux,
Et ne
supportait plus les regards insistants des invités,
Lors des
dîners prestigieux qu’il organisait avec le gratin alentour.
Il s’enferma
alors dans un délire paranoïaque,
Et décida de
soustraire la beauté de sa femme aux yeux du monde.
Malgré ses
supplications, il l’enferma dans la plus haute chambre du manoir,
Et lui
expliqua, que dorénavant, il serait son seul visiteur.
Même les
domestiques avaient ordre de ne pas rentrer dans la chambre,
Il lui
apportait ses repas et choisissait ses toilettes.
Prisonnière
de son époux, la châtelaine était désespérée.
Ses pleurs
résonnaient dans le manoir,
Mais
personne ne lui vint en aide.
Un soir de
décembre, elle se pendit au lustre du plafond,
Préférant
mourir que de vivre recluse.
Fou de
douleur, son mari se donnât la mort avec son fusil de chasse,
Et depuis,
l’on raconte que les nuits de pleine lune,
On peut
entendre les pleurs de cette malheureuse dans le vent.
Aujourd’hui,
le manoir est à l’abandon,
Il est dit
hanté, et les gens ont peur de s’en approcher.
La légende
dit que le châtelain est damné, condamné à brûler en enfer,
Pour avoir
provoqué la mort d’un ange.
VIE DE CHÂTEAU

Il est
chouette notre nouvel îlot, hein,
Avec son abri
genre Petit Trianon...
Soyons comme
les oies du capitole
Veillons au
grain !! Pas bêtes, comme on le dit.....
Merci
N'ancy-le-Franc
Amie des
oiseaux palmés...
Nous sommes
traitées en reines
Nous les
oies, sauvages !
Prisonnière, mot que nous ignorons,
Notre foie en
paix
Et mourir de
notre belle mort
Au bord du
canal, doux dernier soupir...
Pour l'heure
Du bel
escargot de Bourgogne
Fera notre
délice, avec les herbes tendres...
Et si une
épinoche venait à sauter hors de l'eau
Ne boudons
pas cet autre plaisir....
Plus belle la
vie, plus belle
Notre
feuilleton au jour le jour !
La vie de château Jill Bill
La folie d'un homme jaloux Tarval
La prisonnière Ecridelle
Ballade pour une prisonnière Marie Sylvie
Le manoir caché J.Libert
Le château d'Ancy le Franc François
Allez hop tout le monde à la campagne sur une photo que j'ai prise lors d'une balade. Pour l'instant je ne vous dis pas où pour ne pas influencer les textes.
Dignité
On se demande si c'est une statue,
Ou un mannequin de mode,
Parfaitement revêtu.
Ses vêtements révèlent un code,
D’un être qui a bien réussi,
Qui a su sortir des vieilles images,
Que l'on voyait dans certains pays
Qui pratiquaient malheureusement l'esclavage.
Cet homme a trouvé sa dignité,
Et au-delà de son costume,
Son maintien discret et sa fierté.
Engage le respect, en respirant la fortune.
Il y a là une balsamique note olfactive.
Qui fait contraste avec une impression ségrégative.
C'est une belle revanche sur la vie.
Jamais, il ne sera plus asservi.
UNE ICÔNE
L’homme en bronze semble avancer d’un pas sûr et léger. Il est encore comme bien vivant, le regardsouriant, fier, sous son chapeau à larges bords ; le pantalon large, un peu bouffant dont les jambes seterminent en un joli revers sur de souples mocassins lui imprime cette allure élégante et décontractée.
Hormis sa canne sous l’un de ses bras tandis que l’autre s’enfonce dans la poche du pantalon, rien n’indique le but de sa promenade.
À première vue, nul ne sait, non plus, qui est cet homme en marche. Aucune plaque commémorative ne le désigne.
Ancré, sans piédestal, grandeur nature : 1, 83 m. il a le regard orienté vers la mer, là bas, tout près. Il arpente le long boulevard d’une des plus belles villes Cubaines qu’il a tendrement aimé au cours de sa vie un peu trop brève puisqu’il décède à 44 ans.
Les Cubains ont encore dans les oreilles ces rythmes Africo-Cubains aux vertus balsamiques que lui seul savait si bien rendre.
De tout temps, en tout lieu, le monde produit des génies dans tous les domaines. « Benny Moré » était de ceux là. Doté d’une oreille hors du commun, très jeune, il apprend, il retient avec une étonnante facilité. Il deviendra l’une des icônes de la musique populaire Cubaine des années 40-60.
L'élixir du passant
LE PROMENEUR
Que fait ce dandy dans cette rue déserte ?
Il a l’air heureux dans son costume couleur balsamique,
Une bougie à la main, pour éclairer je ne sais quoi,
Il marche d’un pas nonchalant,
Son chapeau vissé sur la tête,
En regardant d’un air pensif les arbres alentours,
Il paraît irréel, dans cette allée sans âmes,
Où seuls ses pas résonnent dans le silence du quartier.
Mais est-ce vraiment un homme,
Ou simplement une statue déposée là par quelque artiste,
Le doute subsiste, mais cette présence est rassurante,
Le flegme de cette créature met en confiance,
On a envie de l’aborder pour un brin de discussion,
Et de comprendre cette béatitude qui le traverse,
Un peu de douceur et de fantaisie,
Dans ce monde empreint de violence.
Un gentleman