30 décembre 2023
Pluie de pétales / Keremma
Mon capitaine / Fredaine
J’ai commencé par le suivre dans ses voyages à travers les longues lettres qu’il m’écrivait tout entier tourné vers la mer et qui me parfois parvenaient longtemps après. Je garde en mémoire mon bonheur d’en trouver une dans le courrier. Ces pages de papier avion recouvertes de pattes de mouche recto-verso étaient pour moi des trésors, mon oxygène..
Nous allions parfois le retrouver à certaines de ses escales. Quand j‘ai eu l’occasion de naviguer un peu avec lui, j’ai compris le pourquoi de ses départs. J’ai passé des heures à la passerelle, silencieuse et immobile, à le regarder fixer l’horizon. Il était chez lui sur un bateau. Puis j’ai commencé à partir pour ailleurs que lui, le voyage en héritage.
Chacun de ses départs faisait de lui un étranger, il partait, ne pouvait faire autrement. Nous vivions sans lui, il vivait sur la mer, pour la mer. Enfant, je l’imaginais tel un aventurier, capitaine de son navire. Il était mon héros, vivait de folles aventures. J’attendais ses retours les joues roses d’excitation. Mon envie, mon besoin de le retrouver, de l’entendre parler de tout ce qu’il avait vu, des gens qu’il avait rencontrés grandissait dès le jour de son départ. Il fallait pourtant patienter des mois avant de le retrouver. Et lorsqu’il revenait, très vite, la mer lui manquait. Elle était son horizon, son paradis. Il n’avait chaque fois que quelques semaines à nous offrir et chacun de ses départs me faisait perdre l’appétit. Dès qu’il passait la porte, je commençais à l’attendre.
Aujourd’hui, le fier capitaine ne navigue plus, ne marche presque plus. Son horizon est fait des quatre murs d’une chambre triste. Je me demande souvent s’il pense encore à elle ...
LE MENDIANT DE LA BOULANGERIE / J.Libert
Pot de fin d’année / L'Entille
Nous allons devoir mettre en place un train de mesures
drastiques pour éradiquer les fuites de données que nos analystes ont mis au
jour il y a quelques mois. De mémoire de PDG et après avoir consulté mes
prédécesseurs, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-même. L’héritage
des décennies précédentes ne nous avait pas préparé aux appétits
industriels de nos concurrents étrangers. Les affaires ne sont pas un paradis
à visionner avec des lunettes roses, non plus qu’un monde de héros
prêts à délivrer la veuve et l’orphelin. Nous devons nous donner tout entiers
à la protection de notre patrimoine commercial et nous préparer à un avenir
fliqué.
Dorénavant et définitivement,
toute intervention professionnelle ou personnelle, je veux croire que vos
postes ne sont pas utilisés à ces fins, sera soumise à l’aval d’un bureau
consacré uniquement à notre activité informatique. Voici pour l'une d'elles.
Vous recevrez dès ce soir une note en ce sens.
Le conseil d’administration et
moi-même vous souhaitons un bon noël et de bonnes vacances pour ceux qui ont eu
le flair de les poser il y a plusieurs mois.
L'étrange rêve / Jill Bill
Ma dépouille, encore rose, fut exposée,
Un train de visiteurs venant honorer ma mémoire...
A présent mon âme voguait à travers les nuages
En quête du paradis, héritage des bons mortels...
Vais-je m'y sentir étranger... !?
J'ai respecté le verbe donner
Plus que je n'ai reçu,
Je n'ai eu d'appétit pour le veau d'or
Plus qu'il ne le fallait...
J'ai été entier envers les autres
Ni faux-cul, ni menteur...
Je n'ai pas connu, Dieu merci,
La peau d'un héros des tranchées
Juste celle d'un honnête homme, sans histoire...
Toc toc toc........
Saint-Pierre m'ouvrit...
Et le réveil sonna !
26 décembre 2023
Sujet 73 - Participants
L'étrange rêve par Jill Bill
Pot de départ par L'Entille
Le mendiant de la boulangerie par J.Libert
Mon capitaine par Fredaine
Pluie de pétales par Keremma
Boucle par K
Le rat lit des mots par Margimond
Rallye des Mots par Tarval
23 décembre 2023
Sujet n°73 / semaine du 23 au 30 décembre
Le dernier logo rallye pour 2023 !
Train, mémoire, héritage, entier, héros,
étranger, paradis, rose, appétit, donner.
- Envoyez votre texte contenant les 10 mots , avec titre et signature, à notre adresse :
miletunesuite@gmail.com
Un fichier joint type Word facilite la publication.
- Au plaisir de vous lire, bonne semaine, merci.
La révolte des oies/Lilou
La révolte des oies
Le marché est à feu et à sang. Plus un petit morceau de foie
gras ! Comment faire Noël sans foie gras. Je vous le demande un peu !
Chuuut écoutons les oies qui manifestent. Elles sont parties trois du Capitole
et maintenant elles sont mille cinq cents à cacarder leurs revendications.
Marre que l’on nous prenne pour des dindes. Nous nous avons
de la grâce nous ne sommes pas n’importe quelles oies. Pas des oies blanches qui
tortillent du croupion ! non ! non et non ! Nous sommes les majestueuses
du Périgord. Et qu’avons-nous ouï pour attiser notre colère ? Et bien nous
allons être traitées comme des simples canards, gavées au maïs !
Ah mais faut pas prendre les oies du Périgord pour des
canards sauvages. Il y a tant de mauvaise foi ! Nous avons bien compris
que notre foie, ma foi, intéressait les cuisiniers et pas qu’une fois. Après le
foie, ils se font une joie de nous farcir le croupion de marron et de chair à
saucisse et nous font rôtir comme des cochons de lait ; et même que dans
leur grandeur ils ajoutent parfois beurre persil ail des ours sans oublier d’arroser
le tout de champagne.
La moutarde nous est montée au nez et après réunion nous
voici devant vos étals pour vous faire part de notre décision. Notre foie sera
en grève pour la durée des fêtes. Plus de dodus dindons de la farce. Nous
pensons rejoindre nos cousines les bernaches sauvages.
Joyeux noël
Supplique / Keremma
Nous, les 1500 oies soussignées, prenons la plume aujourd'hui avec l'espoir que nos voix trouvent écho dans votre cœur.
Nous avons appris avec effroi qu’une rumeur circule selon laquelle nous sommes destinées à être sacrifiées pour les festivités de Noël.
Face à cette menace imminente, nous avons décidé d'entamer une grève de la faim en signe de protestation pacifique. Nous croyons que ce geste extrême démontrera notre détermination à préserver nos vies.
Nous comprenons l'importance des traditions et le rôle qu'elles jouent dans votre société.
Cependant, nous oies du Périgord, nous demandons la possibilité de continuer notre existence paisible au sein de notre communauté.
Nous espérons que vous saisissez la symbolique de notre démarche, exprimant également notre désir profond de respect envers toutes les créatures vivantes.
Nous vous supplions donc, Monsieur le Président, de bien vouloir intercéder en notre faveur et d'exercer votre pouvoir de grâce pour épargner nos vies.
Nous vous remercions de prendre en considération notre requête et vous souhaitons, ainsi qu'à tous les citoyens de la République, de joyeuses fêtes de fin d'année.
Respectueusement,
Les 1500 oies du Périgord en grève de la faim
Rififi au pays du gavage. / L'Entille
Il arriva dans la province du Périgord qu’un paysan
lassé de gaver ses oies locales se dit qu’il essaierait bien l’oie d’Alsace
voire même l’oie des Landes aux propriétés analogues mais au caractère plus
docile.
Il fit venir des couples de ces régions et les
installa dans un parc séparé. La surprise passée devant ces étrangères qui
n’avaient rien demandé d’ailleurs, les oies du cheptel relayèrent l’information
aux autres poulaillers de la région selon laquelle le paysan voulait les
éradiquer, les évincer, les mettre au chômage.
Une vague de révolte devant tant d’ignominie, de
manque de reconnaissance pour leurs bons et loyaux services durant des
décennies voire plus, enfla jusqu’à soulever l’indignation des plus soumises.
Après une réunion mouvementée et un tour de parole des
représentants de l’élevage, il fût décidé à l’unanimité que, non seulement les
1500 oies du Périgord de la ferme des Galines de Sarlat la Canéda déposerait un
préavis de grève de la faim. C’était José, l’oie mi-sauvage, qui avait des
connaissances en matière de grève qui avait précisé la procédure légale. Il
venait d’un troupeau dirigé par une activiste de la confédération paysanne.
Cette décision fit grand bruit dans le Landerneau
périgourdin. Les oies refusèrent de sortir de leur basse-cour. Forcées
d’obtempérer, elles empêchèrent le gavage de leurs copines en défilant tête à
cul autour des humains complètement déboussolés. Janine, l’oie qui avait des
relations à Toulouse, fit venir les journalistes pour expliquer au peuple de
France leurs revendications et l’ostracisation qu’elle devaient subir !
La situation prenait des proportions inouïes. La
production de foie gras pour Noël était gravement attaquée. Les paysans se
réunirent à leur tour et tancèrent celui qui avait introduit les migrantes dans
son élevage. Celles-ci furent reconduites à la frontière et la rébellion fut
matée à coup de bouillie de maïs.
Tout rentra dans l’ordre ou à peu près. Hélène Darroze
refusa de servir du foie gras du Périgord dans ses restaurants au prétexte du
racisme avéré des oies du territoire. Elle alla se servir en Alsace au grand
dam de Cyril Lignac qui promouvait les produits de ce terroir.








