30 décembre 2023

Pluie de pétales / Keremma

 



 

Dans quelques mois, Paris sera en train de vivre l'effervescence des Jeux Olympiques qui portent en eux la mémoire et l’héritage des compétitions passées. Le monde entier attend avec impatience l’événement qui réunira les héros du sport. En France et à l’étranger, c'est vers ce rendez-vous que convergeront tous les regards, curieux de découvrir le paradis unique préparé par la Ville Lumière.
 
La Patrouille de France offrira un spectacle aérien étonnant lors de la cérémonie d'ouverture. Des pétales de fleurs tomberont du ciel, transformant la Seine en un somptueux tapis rose. Au cœur de cette féérie, l’appétit de la compétition, le désir de dépassement de soi, et la magie seront à leur apogée. Ce spectacle grandiose vise à donner à chaque spectateur une émotion intense, destinée à perdurer dans les esprits.


Mon capitaine / Fredaine

 




Prendre l’avion et même le train m’est devenu pénible. La promiscuité, l’attente interminable, l’agitation et le stress des départs… Pourtant, j’ai aimé voyager. Il m’a donné le goût de la découverte de l’autre, de l’ailleurs… 
J’ai commencé par le suivre dans ses voyages à travers les longues lettres qu’il m’écrivait tout entier tourné vers la mer et qui me parfois parvenaient longtemps après. Je garde en mémoire mon bonheur d’en trouver une dans le courrier. Ces pages de papier avion recouvertes de pattes de mouche recto-verso étaient pour moi des trésors, mon oxygène.. 
Nous allions parfois le retrouver à certaines de ses escales. Quand j‘ai eu l’occasion de naviguer un peu avec lui, j’ai compris le pourquoi de ses départs. J’ai passé des heures à la passerelle, silencieuse et immobile, à le regarder fixer l’horizon. Il était chez lui sur un bateau. Puis j’ai commencé à partir pour ailleurs que lui, le voyage en héritage.
Chacun de ses départs faisait de lui un étranger, il partait, ne pouvait faire autrement. Nous vivions sans lui, il vivait sur la mer, pour la mer. Enfant, je l’imaginais tel un aventurier, capitaine de son navire. Il était mon héros, vivait de folles aventures. J’attendais ses retours les joues roses d’excitation. Mon envie, mon besoin de le retrouver, de l’entendre parler de tout ce qu’il avait vu, des gens qu’il avait rencontrés grandissait dès le jour de son départ. Il fallait pourtant patienter des mois avant de le retrouver. Et lorsqu’il revenait, très vite, la mer lui manquait. Elle était son horizon, son paradis. Il n’avait chaque fois que quelques semaines à nous offrir et chacun de ses départs me faisait perdre l’appétit. Dès qu’il passait la porte, je commençais à l’attendre.
Aujourd’hui, le fier capitaine ne navigue plus, ne marche presque plus. Son horizon est fait des quatre murs d’une chambre triste. Je me demande souvent s’il pense encore à elle ...

LE MENDIANT DE LA BOULANGERIE / J.Libert

 




 
    En descendant du train, elle a relevé le col de sa parka et pénètre dans la boulangerie de son quartier, paradis d’où s’exhalent des odeurs familières de viennoiseries qui la mettent en appétit. Elle renoue avec la mémoire olfactive des lieux de son enfance. Ses lunettes s’embuent à cause de la différence de température entre l’air chaud de l’intérieur et la froidure hivernale. Elle les essuie minutieusement tout en salivant à la vue des dizaines de gâteaux colorés en rose fraise, en vert pistache, en marron café ou chocolat.  Et voilà, elle y voit déjà plus clair !
 
    Sur le pas de la porte, comme tous les dimanches, l’homme est là, assis en tailleur. Il porte un anorak de marque, d’un gris délavé, sans doute un héritage de vêtements délaissés après avoir satisfait un caprice d’achat. Au travers de son jean effiloché en entier au niveau des genoux émergent quelques uns de ses poils bien noirs laissant supposer qu’il n’a pas 50 ans ; en lui jetant un rapide coup d’œil, c’est l’âge approximatif qu’on peut lui donner.
 
    Ce matin, avec -3 degrés, une petite gelée blanche recouvre les massifs situés devant le commerce. Pour se protéger, notre héros du froid a rabattu sa capuche et croise ses bras sur sa poitrine, les mains cachées sous ses aisselles tièdes.
 
    Il ne quémande pas ; il regarde chacun aller et venir le long du trottoir, entrer et sortir de la boulangerie, les bras chargés de baguettes et de gâteaux du jour. L’homme n’est pas triste, pas renfrogné, semble même prendre grand plaisir à suivre du regard les évolutions des uns et des autres comme si personne ne lui était étranger ou indifférent. Avec un demi sourire au coin des lèvres, à ceux qui lui disent bonjour, il répond par un signe de tête appuyé et déférent.
 
    On se demande si on ne lui ferait pas affront en déposant de la monnaie dans sa sébile tant il semble attendre quelque chose d’un autre ordre.
 


Pot de fin d’année / L'Entille

 



Nous allons devoir mettre en place un train de mesures drastiques pour éradiquer les fuites de données que nos analystes ont mis au jour il y a quelques mois. De mémoire de PDG et après avoir consulté mes prédécesseurs, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-même. L’héritage des décennies précédentes ne nous avait pas préparé aux appétits industriels de nos concurrents étrangers. Les affaires ne sont pas un paradis à visionner avec des lunettes roses, non plus qu’un monde de héros prêts à délivrer la veuve et l’orphelin. Nous devons nous donner tout entiers à la protection de notre patrimoine commercial et nous préparer à un avenir fliqué.

Dorénavant et définitivement, toute intervention professionnelle ou personnelle, je veux croire que vos postes ne sont pas utilisés à ces fins, sera soumise à l’aval d’un bureau consacré uniquement à notre activité informatique. Voici pour l'une d'elles. Vous recevrez dès ce soir une note en ce sens.

Le conseil d’administration et moi-même vous souhaitons un bon noël et de bonnes vacances pour ceux qui ont eu le flair de les poser il y a plusieurs mois.


L'étrange rêve / Jill Bill

 





Ma dépouille, encore rose, fut exposée,

Un train de visiteurs venant honorer ma mémoire...

A présent mon âme voguait à travers les nuages

En quête du paradis, héritage des bons mortels...

Vais-je m'y sentir étranger... !?

J'ai respecté le verbe donner

Plus que je n'ai reçu,

Je n'ai eu d'appétit pour le veau d'or

Plus qu'il ne le fallait...

J'ai été entier envers les autres

Ni faux-cul, ni menteur...

Je n'ai pas connu, Dieu merci,

La peau d'un héros des tranchées

Juste celle d'un honnête homme, sans histoire...


Toc toc toc........

Saint-Pierre m'ouvrit...

Et le réveil sonna !

26 décembre 2023

Sujet 73 - Participants


 

L'étrange rêve par Jill Bill

Pot de départ par L'Entille

Le mendiant de la boulangerie par J.Libert 

Mon capitaine par Fredaine 

Pluie de pétales par Keremma 

Boucle par K

Le rat lit des mots par Margimond

Rallye des Mots par Tarval 

23 décembre 2023

Sujet n°73 / semaine du 23 au 30 décembre



Le dernier logo rallye pour 2023 ! 


Train, mémoire, héritage, entier, héros, 

étranger, paradis, rose, appétit, donner. 

      

  • Envoyez votre texte contenant les 10 mots , avec titre et signature, à notre adresse :  

miletunesuite@gmail.com

Un fichier joint type Word facilite la publication.

  

  • Au plaisir de vous lire, bonne semaine,  merci.

La révolte des oies/Lilou

La révolte des oies




Le marché est à feu et à sang. Plus un petit morceau de foie gras ! Comment faire Noël sans foie gras. Je vous le demande un peu ! Chuuut écoutons les oies qui manifestent. Elles sont parties trois du Capitole et maintenant elles sont mille cinq cents à cacarder leurs revendications.

Marre que l’on nous prenne pour des dindes. Nous nous avons de la grâce nous ne sommes pas n’importe quelles oies. Pas des oies blanches qui tortillent du croupion ! non ! non et non ! Nous sommes les majestueuses du Périgord. Et qu’avons-nous ouï pour attiser notre colère ? Et bien nous allons être traitées comme des simples canards, gavées au maïs !

Ah mais faut pas prendre les oies du Périgord pour des canards sauvages. Il y a tant de mauvaise foi ! Nous avons bien compris que notre foie, ma foi, intéressait les cuisiniers et pas qu’une fois. Après le foie, ils se font une joie de nous farcir le croupion de marron et de chair à saucisse et nous font rôtir comme des cochons de lait ; et même que dans leur grandeur ils ajoutent parfois beurre persil ail des ours sans oublier d’arroser le tout de champagne.

La moutarde nous est montée au nez et après réunion nous voici devant vos étals pour vous faire part de notre décision. Notre foie sera en grève pour la durée des fêtes. Plus de dodus dindons de la farce. Nous pensons rejoindre nos cousines les bernaches sauvages.

Joyeux noël


Supplique / Keremma

 



Monsieur le Président de la République,
Nous, les 1500 oies soussignées, prenons la plume aujourd'hui avec l'espoir que nos voix trouvent écho dans votre cœur.
Nous avons appris avec effroi qu’une rumeur circule selon laquelle nous sommes destinées à être sacrifiées pour les festivités de Noël.
Face à cette menace imminente, nous avons décidé d'entamer une grève de la faim en signe de protestation pacifique. Nous croyons que ce geste extrême démontrera notre détermination à préserver nos vies.
Nous comprenons l'importance des traditions et le rôle qu'elles jouent dans votre société.
Cependant, nous oies du Périgord, nous demandons la possibilité de continuer notre existence paisible au sein de notre communauté.
Nous espérons que vous saisissez la symbolique de notre démarche, exprimant également notre désir profond de respect envers toutes les créatures vivantes.
Nous vous supplions donc, Monsieur le Président, de bien vouloir intercéder en notre faveur et d'exercer votre pouvoir de grâce pour épargner nos vies.
Nous vous remercions de prendre en considération notre requête et vous souhaitons, ainsi qu'à tous les citoyens de la République, de joyeuses fêtes de fin d'année.
Respectueusement,
Les 1500 oies du Périgord en grève de la faim

Rififi au pays du gavage. / L'Entille



 

Il arriva dans la province du Périgord qu’un paysan lassé de gaver ses oies locales se dit qu’il essaierait bien l’oie d’Alsace voire même l’oie des Landes aux propriétés analogues mais au caractère plus docile.

Il fit venir des couples de ces régions et les installa dans un parc séparé. La surprise passée devant ces étrangères qui n’avaient rien demandé d’ailleurs, les oies du cheptel relayèrent l’information aux autres poulaillers de la région selon laquelle le paysan voulait les éradiquer, les évincer, les mettre au chômage.

Une vague de révolte devant tant d’ignominie, de manque de reconnaissance pour leurs bons et loyaux services durant des décennies voire plus, enfla jusqu’à soulever l’indignation des plus soumises.

Après une réunion mouvementée et un tour de parole des représentants de l’élevage, il fût décidé à l’unanimité que, non seulement les 1500 oies du Périgord de la ferme des Galines de Sarlat la Canéda déposerait un préavis de grève de la faim. C’était José, l’oie mi-sauvage, qui avait des connaissances en matière de grève qui avait précisé la procédure légale. Il venait d’un troupeau dirigé par une activiste de la confédération paysanne.

Cette décision fit grand bruit dans le Landerneau périgourdin. Les oies refusèrent de sortir de leur basse-cour. Forcées d’obtempérer, elles empêchèrent le gavage de leurs copines en défilant tête à cul autour des humains complètement déboussolés. Janine, l’oie qui avait des relations à Toulouse, fit venir les journalistes pour expliquer au peuple de France leurs revendications et l’ostracisation qu’elle devaient subir !

La situation prenait des proportions inouïes. La production de foie gras pour Noël était gravement attaquée. Les paysans se réunirent à leur tour et tancèrent celui qui avait introduit les migrantes dans son élevage. Celles-ci furent reconduites à la frontière et la rébellion fut matée à coup de bouillie de maïs.

Tout rentra dans l’ordre ou à peu près. Hélène Darroze refusa de servir du foie gras du Périgord dans ses restaurants au prétexte du racisme avéré des oies du territoire. Elle alla se servir en Alsace au grand dam de Cyril Lignac qui promouvait les produits de ce terroir.