16 décembre 2023

Les pas perdus / Keremma

 



Ils marchaient au milieu des étoiles, leurs pieds légers effleuraient l'infini. On aurait dit deux anges en équilibre sur le fil d’une constellation. Ils tissaient une danse dans la galaxie des amants.

Ô tourbillons, vertige au firmament, ô éblouissement. Aux cimes de la joie, le soleil aveugla leurs deux pauvres prunelles. Le fil tendu sur fond de ciel ne porte plus que le poids de leurs désillusions.

La voie lactée n'était pas leur chemin.


DES BASKETS 40 ANS APRÈS / J. Libert

 



    Depuis la terre,  on aurait dit des petites voitures téléguidées courant sur les fils électriques. En y regardant mieux, Amandine découvrit des baskets suspendues à ces mêmes fils par leurs lacets. « Drôle d’idée » pensa-t-elle, mais pourquoi pas ?  Elle aurait préféré  y visualiser des hirondelles regroupées, en partance  pour des cieux plus cléments.
 
    C’est alors que lui revint le souvenir des chaussures de mariage de son père, là, dans ce grenier où les araignées avaient accroché leur toile entre deux poutres de chêne rugueux ; elles étaient encore soigneusement emballées dans leur papier de soie bleu marine, à peine froissé, couchées tête bêche. Leur forme au bout mi pointu, mi arrondi était toujours très actuelle et le grain noir d’un cuir souple révélait qu’elles avaient dû être confortables à porter. Seule, la boîte blanche en carton qui les contenait avait jauni, empilée négligemment sous d’autres boîtes vides cachées derrière les sacs de chiffons pendant près de 40 ans.
 
    Amandine revoit son père essayer à nouveau ses chaussures de mariage, mais, même en s’aidant d’un chausse pied, son talon ne rentrait plus dans le cuir fin et délicat.
 
    Ému et nostalgique de retrouver si longtemps après ses chaussures d’un grand jour, il les avait gardées en main quelques minutes. Il les avait tournées et retournées d’un air songeur comme pour mieux se souvenir de cette période unique et heureuse. Le temps s’était trop vite écoulé, il n’avait pas vu les années passer et sa jeunesse s’en était allée. Aujourd’hui, à 60 ans, aux portes de la vieillesse, il se promettait , désormais, de savourer pleinement l’instant présent. Peut être que ses précieuses chaussures venaient de lui faire prendre conscience de la brièveté d’une vie.
 
    À contrario, avec l’exposition à l’air et aux intempéries, Amandine se demanda si les baskets suspendues qu’elle venait de repérer joueraient  les mêmes prolongations ? Après 40 ans, évoqueraient elles toujours à leur propriétaire quelque souvenir de jeunesse ?


Le passage / K

 



On était en 1967. Dans sa zone d’entraînement, il avait repéré de vieux câbles désaffectés qui traversaient la frontière.
Il avait été l’objet d’enquêtes pour « idées anti-communistes » et il sentait l’étau se resserrer.
Il mit donc à profit son talent « autrement ».

C’est ainsi que le funambule Markus Fischer passa à l'ouest.
On ne l’a jamais retrouvé.

 
En juin 1984, peut-être inspirés par cette histoire, ces deux paires de baskets - un pied de nez ? - sont tout ce que l’on a retrouvé de deux perchistes d’Allemagne de l’Est qui ont apparemment décidé de se faire la malle après l’annonce du boycott des Jeux Olympiques de Los Angeles.
On n'a jamais retrouvé non plus Ralf Ehrlich et Kurt Schnabel. 

Doit-on en penser qu'à défaut de jouer les prolongations, quelquefois l'histoire semble repasser les plats ?

Et Hop/Jill Bill







Quel malin plaisir

Que ce saut en hauteur,

Les fils électriques pour défis...


Mère en dit que,

Les hommes n'ont pas un bon plan

Dans leur cadavre... eh eh, ma foi que si...


Tu parles d'une guirlande de Noël

Que ces baskets HS ou pas !


Point de prolongation

A ce jeu, débile !


Quoi, quoi quoi... ???

Ton copain a trouvé le truc

Pour obtenir de nouvelles chaussures... !


Déranger les pompiers, ah que nenni...

Alors, son père crache au bassinet,

Et la mode n'attend pas m'an !


A ta place mon Jean-Philippe

J'attendrai patiemment le père... Noël, que diable !!


12 décembre 2023

Sujet 71 - Participants

 



Et Hop par Jill Bill

Le passage par K

Des baskets 40 ans après par J.Libert

Les pas perdus par Keremma 

Chaussures volantes par Tarval

Rendez-vous par L'Entille

Le coup du chapeau par Lilou

09 décembre 2023

Sujet n°71 / Semaine du 9 au 16 décembre

  L'image





Une image envoyée par Emma lors de la Foire de juin !


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  • Au plaisir de vous lire, bonne semaine,  merci.




MEMOIRE / Keremma

 


Maman cherchait la lumière
Dans les forêts endormies
Elle accrochait ses cris aux branches tristes
Se glissait entre les ombres de la violence
 
Guerre
Écrite sans nom
Échappant  aux phrases du monde
 
Avec le mystère
Qui aurait parlé de notre histoire
 
Avec le secret
Qui aurait parlé de nous
 
Sur le front
Où chaque mort est une marque rouge
Une bataille perdue
 
Maman dessinait à la peinture rouge
Des petites croix sur l’écorce des arbres

Sylve / L'Entille

 





Maman dessinait à la peinture rouge des petites croix sur l’écorce des arbres. Elle avait remarqué lorsqu’elle était petite que les gardes forestiers identifiaient ainsi les arbres à couper. Elle a toujours aimé les arbres bien au-delà de la raison. Je m’appelle Sylvain, ce n’est pas un hasard ! C’est ainsi que lentement mais sûrement notre jardin s’est transformé en jungle au fil des ans et des plantations.

 

Elle dessinait une petite croix rouge sur tous les arbres plongeant dans une grande confusion les bûcherons qui devaient intervenir. Il faut croire que cette manie ne lui a jamais passé. Aujourd’hui c’est dans la maison de retraite où elle s’est installée, qu’elle manie le pinceau sur tout ce qui pousse. Heureusement, elle n’a que de la peinture à l’eau. Les croix se diluent à la première ondée.


Un peu d’espace / Fredaine

 



Ella a toujours eu besoin de solitude. Non qu’elle ne soit pas sociable ; elle se fait facilement des amis, converse volontiers avec les anciens du village lorsqu’elle les croise et les enfants courent vers elle quand ils l’aperçoivent au bout de sa rue. Elle s’investit dans plusieurs associations culturelles ou caritatives ; elle aime créer, partager et venir en aide.
Pour autant, Ella a besoin de se retirer dans sa « grotte » de temps à autre, besoin de se retrouver au calme, face à face avec elle-même pour lire, coudre, écouter de la musique, dessiner et surtout écrire. Cela lui est tout aussi essentiel que boire ou manger. Sans ces moments de repli, elle a le sentiment de s’étioler.
Malheureusement, Ella doit partager sa chambre avec une petite sœur très envahissante qui ne comprend pas que que son aînée ait envie et encore moins besoin de respirer de temps à autre loin de l’agitation de la maison, loin de ses sollicitations permanentes en particulier.
Ce matin, alors qu’Ella tente de se mettre à l’écart, son casque sur les oreilles et son stylo à la main, Lulu arrive en courant et se pend à son cou en piaillant qu’elle veut jouer encore et encore. Ella commence par faire mine de ne rien remarquer, garde les yeux fermés et respire le plus calmement possible pour ne pas être tentée de repousser fermement l’envahisseur. La petite qui n’en est pas à son coup d’essai entreprend de la coiffer, puis de la maquiller et, en désespoir de cause, lui retire son casque. De guerre lasse, Ella enfile son blouson, reprend son casque et sort marcher dans la campagne, certaine que Lulu ne la suivra pas car Lulu n’aime pas salir ses chaussures. Elle écrira plus tard.
A table, à l’heure du déjeuner, ses parents s’inquiètent de son départ agacé du matin. Ne voulant pas trop incriminer sa cadette, elle se contente de leur répondre avec un grand sourire : 
« j’envisageai l’éventualité d’élire domicile dans le grenier » ...

LE FANTÔME DE LA SALLE DE BILLARD / J. Libert

 



Les faits étaient d’un autre siècle.

Ceux et celles qui ne croient pas aux fantômes n’ont certainement jamais connu cette émotion étrange et ambivalente de la peur et de la fascination pour un monde où rôde encore l’esprit de célèbres ou
d’anonymes disparus depuis des dizaines voire des centaines d’années.

Pauline raconte qu’elle était la petite dernière d’une famille de 5 enfants : un couple bourgeois qui avait hérité d’un château imposant du 18 ème siècle de leurs ancêtres à demi ruinés. Celui ci aurait nécessité une restauration importante pour être un habitat confortable. Pauline, ses parents et ses frères résidaient donc dans un espace assez restreint du château même si les hauteurs de plafond dépassaient les 4,50 mètres.

Trop gâtée par ses frères adolescents, Pauline piquait de grosses colères quand ceux ci ne répondaient pas à ses caprices.Aussi, pour la calmer, ils l’enfermaient, toute seule, dans une salle attenante : « la salle de billard » parce que cette immense pièce aux volets souvent fermés contenait un billard relégué là, personne n’y jouant plus jamais depuis des années.

Une fin d’après midi, elle avait été particulièrement capricieuse, alors, comme d’habitude, elle alla faire son petit tour dans la salle de billard. Elle fut d’abord saisie par le silence pesant qui flottait au milieu des portraits de notables accrochés au mur.

Sur la table de billard, des boules de couleur, immobiles, attendaient d’être visées. Tout à coup, elles bougèrent, s’entrechoquèrent violemment comme si jouait une main invisible et rageuse. Cela faisait un tel fracas qu’elle se boucha les oreilles. C’est alors que lui apparût une femme âgée. Elle avait les cheveux longs, grisonnants et portait une cape blanche jusqu’aux pieds. Elle se déplaçait dans la pièce pointant du doigt chaque portrait de notable comme si elle les accusait de quelque méfait et voulait le faire savoir. Puis, elle vint près de la table et souffla sur les boules qui se liquéfièrent, sur le feutre du plateau, en larges taches couleur de sang.

Terrifiée par cette vision, Pauline se souvient d’avoir hurlé. Incapable de l’expliquer à ses frères, elle ne fit plus de caprices et n’oublia jamais ce qu’elle avait vu dans la salle de billard.